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4. Climat, pétrole, crise : les choses se compliquent

La crise actuelle fait passer à l’arrière-plan la crise pétrolière. Pourtant, elle ne modifie pas fondamentalement le problème énergétique : la demande mondiale en pétrole a chuté de 4 %, moins vite que le taux de déclin des gisements pétrolier. En revanche, elle modifie la donne en termes de capacité d’investissement dans les énergies nouvelles.

Une crise profonde et longue

La présente crise n’est pas une simple correction financière : c’est une crise de la dette, dont l’accroissement vertigineux depuis les années 1980 est à la base de la croissance économique de ces 25 dernières années. C’est donc au cœur que le système économique est touché.

La plupart des économistes et commentateurs ont semblé surpris par cette crise soudaine. Pourtant, certains économistes tiraient la sonnette d’alarme depuis une dizaine d’années : notre croissance et la création de monnaie étant tirées par un amoncellement de dettes, la chute risquait d’être brutale une fois que les consommateurs et les états allaient se retrouver insolvables. C’est ce qui est en train de se passer. Les plans de sauvetage des états ont permis d’éviter un krach bancaire généralisé, mais le problème de fond demeure : le niveau de dette a rendu des pans entiers de la population insolvable (il n’est d’ailleurs pas exclu que les prix élevés des carburants et des aliments début 2008 aient précipité les choses), les banques ne prêtent plus, la consommation diminue, les enteprises ne peuvent ou ne veulent plus investir.

Avec une crise de la dette aussi profonde, on voit donc mal où est le moteur qui pourrait entraîner une relance mondiale rapide. Il est probable que le plus dur reste à venir.

Des investissements gelés

La crise a un effet double sur la crise énergétique. Le plus visible est la diminution du cours du pétrole, de 148 $ à 41 $ en quelques mois ! Cet effet est dû à la baisse de la demande (-4 %) et surtout à la peur des spéculateurs, qui ont massivement revendu les cargaisons qu’ils avaient achetées.

L’automobiliste et les entreprises se réjouissent bien sûr de l’aubaine et l’on pourrait se réjouir avec eux. En réalité, c’est une mauvaise nouvelle.

Car si l’on peut imaginer que la baisse de la demande devrait repousser légèrement la date du pic, le cours actuel du pétrole (autour de 40-45 $) est inférieur à son coût de production (entre 60 et 70 $). Si l’on joute à cela la pénurie de crédit, les conséquences de la crise actuelle sont déjà visibles :

  • la plupart des projets d’investissement dans les pétroles non conventionnels ont été gelés ;
  • les investissements dans la modernisation et l’augmentation des capacités de raffinage sont reportés.
  • beaucoup de projets dans les énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire, ainsi que dans les agrocarburants sont suspendus

Plus généralement, c’est la capacité de nos sociétés à investir massivement dans les énergies nouvelles et dans l’efficacité énergétique qui est frappée de plein fouet.

En d’autres termes, quand la demande en pétrole recommencera à augmenter, les projets d’augmentation des capacités de production prévus pour y faire face n’auront pas vu le jour : il devrait en résulter un choc pétrolier qui risque de tuer la reprise dans l’œuf. Paradoxalement, cela pourrait même rapprocher le pic au lieu de l’éloigner
Contrairement aux précédents chocs pétroliers, celui-ci sera irréversible, car il n’est pas imposé par un embargo mais par la nature. Il est vraisemblable que nous soyons entrés dans une récession durable dont nos sociétés ressortiront profondément transformées : le monde dans 20 ans ne ressemblera pas au monde d’aujourd’hui.

Pour mieux comprendre le triple ipact de la crise économique, de la crise énergétique et de la crise écologique, je vous conseille de consulter l’excellent Crash Course, si vous lisez l’anglais.

Le mythe de l’indépendance énergétique

Cocorico : grâce au nucléaire, la France serait plus indépendante pour sa production d’énergie que les autres pays. Sommes-nous donc à l’abri de la crise énergétique mondiale ?

Longtemps le premier producteur mondial d’uranium, la France importe aujourd’hui la plus grande partie de l’uranium qu’elle consomme, car ses gisements sont en voie d’épuisement.

D’autre part, si le nucléaire réprésente 80 % de la production électrique du pays, celle-ci ne fournit que 25 % des besoins : il en résulte que le nucléaire ne fournit que 20 % de la consommation énergétique nationale.

Mais le point le plus important est celui-ci : notre parc automobile ne roule pas à l’électricité. Le secteur des transports dépend du pétrole à 95 %. Notre économie moderne dépendant à 100 % des transports, cela signifie que la France ne dépend pas moins du pétrole que les autres pays industrialisés. Il suffit de se rappeler la grève des routiers de 1997 pour en avoir la démonstration

L’impact du pic pétrolier

De son côté, le pic pétrolier ne sera pas sans impacts sur l’économie et, s’il survient bientôt, risque simplement de tuer dans l’œuf tout début de reprise économique : dès que la demande mondiale en carburants repartira à la hausse, les prix remonteront et asphyxieront rapidement l’économie : hausse des coûts de fabrication pour les entreprises et baisse du pouvoir d’achat des ménages nous plongeront dans une récession à long terme.

Il suffit de se rappeler l’impact des chocs pétroliers de 1973 et de 1979 pour s’en faire une idée : récession et chômage massif en furent les conséquences les plus évidentes. Or ce choc sera encore plus fort et, surtout, il ne sera pas temporaire, car ses causes seront naturelles et non politiques.

Dans un tel contexte, les plans gouvernementaux consistant à soutenir l’industrie automobile dans sa voie actuelle et à relancer les travaux routiers sont un gaspillage d’argent précieux.

Une société différente
Plus généralement, c’est toute notre organisation économique qui repose sur l’abondance d’une énergie bon marché : 70 % de la population active travaille dans le secteur tertiaire (services, administration, éducation, santé, etc.) contre seulement 3 % dans la production alimentaire. Moins de pétrole, ça veut dire plus de main d’œuvre dans les champs et les usines et beaucoup moins de métiers de bureaux.

C’est aussi probablement la fin des banlieues et des grands centres commerciaux excentrés. C’est une forte réduction de la haute technologie, très dépendante en énergie (à commencer par Internet). C’est la disparition de nombreux métiers et l’apparition de métiers nouveaux.

À quoi ressemblera demain ? Il faudrait être devin pour le savoir. mais cela dépendra des décisions que nous prendrons collectivement et dans nos vies quotidiennes.

Pour avoir une idée de ce que cela peut changer à nos vies, je vous signale un excellent roman d’anticipation sur le sujet : « En panne sèche« 

Pour finir, une animation humoristique sur notre impréparation à la fin du pétrole bon marché. À méditer, comme tout bon trait d’humour.

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