Trièves en Transition



5. Menace ou opportunité ?

Le pétrole est souvent présenté à juste titre comme le « sang » ou le « liquide vital » des sociétés modernes. Il est en effet indispensable à :

  • la mobilité des personnes et des marchandises caractéristiques de notre économie moderne ;
  • de nombreux processus industriels ;
  • la production alimentaire (en moyenne 10 calories de pétrole pour produire 1 calorie alimentaire) ;
  • les plastiques et nombreuses autres matières synthétiques, notamment textiles ;
  • de très nombreux médicaments ;
  • les cosmétiques, produits d’entretien et produits de bricolage ;
  • les pesticides (herbicides, insecticides et fongicides)
  • etc.

Notre dépendance au pétrole est totale, en dépit du mythe de l’indépendance énergétique de la France. La viande, un jean, un DVD ou un parpaing en béton représentent beaucoup d’énergie cachée (pour la production, le conditionnement et le transport), souvent sous forme de pétrole.

En l’absence d’alternatives bon marché et déjà prêtes à grande échelle, le pic puis le déclin de la production pétrolière vont avoir un impact important sur notre économie et sur notre vie quotidienne.

Un impact majeur sur nos sociétés

En 2005, un rapport au Département US de l’énergie, le rapport Hirsch, alertait le gouvernement américain sur le risque de catastrophe économique si l’arrivée du pic et le déclin de la production pétrolière n’étaient pas anticipés.

Les chocs pétroliers de 1973 et 1982 nous donnent une petite idée de ce qui risque de se produire si rien n’est fait pour s’y préparer. Le risque de désorganisation est réel : la complexité de nos sociétés dépend d’un apport continu et élevé d’énergie bon marché. Un sevrage brutal porte en soi un potentiel de désorganisation.

growinggap.jpg
schéma montrant l’écart croissant entre l’évolution de la demande (en jaune) et lé déclin de la production pétrolière après le pic (en rouge).

 

Logiquement, les premiers secteurs touchés devraient être les entreprises de transport l’immobilier, le bâtiment, l’automobile, les vols aériens, le tourisme et la production de biens de loisirs et de culture.

Dans un deuxième temps, la grande distribution mais aussi nos systèmes de protection sociale (assurance santé et retraites) devraient être touchés à leur tour. Aucun domaine d’activité n’est à l’abri.
Que va-t-il se passer ?

Il existe de nombreux scénarios tenant de comprendre ce qui va se passer. Écrits par des économistes, des énergéticiens ou des écologistes, ils vont de l’optimisme le plus irréaliste au catastrophisme le plus noir.

Côté optimiste, le coût et la faisabilité (financière et technique) d’une mutation technologique dans un minimum de temps sont largement ignorés dans la plupart des scénarios : rappelons que le rapport Hirsch l’estime à 1000 milliards de dollars par an pendant 20 ans pour les seuls États-Unis.

Inversement, les scénarios les plus noirs (effondrement total de nos sociétés et chaos généralisé) sous-estiment les capacités de réaction des sociétés humaines et des individus : reconversion totale de l’industrie américaine dans les premiers mois de la Seconde Guerre Mondiale, solidarités qui se manifestent localement en cas de catastrophes naturelles, ou encore l’extraordinaire réaction de Cuba à l’effondrement de son approvisionnement énergétique à la suite de l’effondrement de l’URSS, en 1991.
Un modèle de développement autodestructeur

Notre mode de développement actuel n’est pas durable, tout le monde s’accorde sur ce point :

  • épuisement de nos ressources (pétrole, gaz, uranium, métaux) ;
  • perte de fertilités des sols ;
  • épuisement des océans ;
  • réchauffement climatique ;
  • perte de la biodiversité ;
  • pollution des eaux courantes et des nappes phréatiques ;
  • manque d’eau à l’échelle mondiale ;
  • crise démographique ;
  • inégalités croissantes ;
  • gaspillages énormes.

Si tous les humains vivaient comme les Français, il faudrait les ressources de 3 planètes ; s’ils vivaient comme les Américains, il en faudrait 5 à 6. Cela signifie que notre modèle de développement n’est possible que si nous acceptons que des milliards d’être humains vivent dans la misère.

Bien que tout le monde soit d’accord sur le fait qu’il faut agir, les réponses étatiques à ces problèmes ne sont pas à la hauteur du problème et tout continue comme avant. Et si le coup d’arrêt à cette course suicidaire qu’amènera le choc pétrolier était salutaire, en nous obligeant à revoir les fondements de notre développement :

« Une croissance illimitée dans un monde fini est impossible. »

Une opportunité à saisir ?

L’esprit de l’initiative que nous avons lancée est de regarder l’avenir avec une vision optimiste : et si cette mutation – sans se cacher ses difficultés – était une opportunité ?

Si, en nous acculant au pied du mur, la crise énergétique nous forçait à devenir raisonnables, à revoir les bases de notre développement et à l’asseoir sur des fondations plus solides et plus équitables ?

Un chose est certaine : l’avenir n’est pas écrit et dépendra aussi de la manière dont les sociétés et les individus se prépareront à la mutation de l’après-pétrole. Il serait donc hasardeux de privilégier un scénario sur un autre : la période de grande incertitude dans laquelle nous entrons va au contraire nécessiter adaptation et créativité. C’est dans cet esprit qu’a été conçu le concept de transition présenté dans la section 8.
Et si nous nous trompions ?

Cela n’est pas exclu, même si cela ne paraît pas le plus probable une fois que toutes les données (énergétiques, techniques, économiques, sociales) sont réunies.

Mais, au vu des conséquences potentielles du choc pétrolier qui s’annonce, nous pensons qu’il est préférable de se préparer pour rien (au risque de perdre un peu de temps de paraître ridicule) que de ne pas se préparer… et que le choc se produise réellement.

 


Laisser un commentaire

La 5ème Batterie du 16ème G... |
Presse et le Temps |
Cupidon - Aide aux rencontres |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | VISION HUMAINE
| actforchange
| collectif d'enseignants de ...